Une page d’accueil en français est mise en ligne. Le texte est correct, le ton est approprié, mais un point d’interrogation se trouve seul en début de ligne, une citation est placée entre guillemets anglais doubles, et un titre indique « ECONOMISEZ » au lieu d’« ÉCONOMISEZ ».

Même si ces erreurs ne sont pas des fautes d’orthographe, la plupart des lecteurs francophones s’en rendront compte. Les règles typographiques françaises en usage au Québec permettent de distinguer subtilement un contenu rédigé par quelqu’un qui maîtrise bien la langue d’un contenu passé dans un outil automatisé comme ChatGPT.

Cet article aborde les trois secteurs où la plupart des erreurs se produisent, les différentes conventions utilisées au Québec et en France, ainsi que les raisons pour lesquelles la typographie nécessite généralement une vérification supplémentaire après la publication.

Pourquoi le respect de la typographie française est un gage de crédibilité

La typographie anglaise est assez souple. En français, l’espacement et la ponctuation ne constituent pas uniquement des choix stylistiques; ces éléments sont régis par des règles strictes publiées par des autorités reconnues.

Le résultat est asymétrique : un lecteur anglophone remarque rarement l’absence d’une espace insécable, mais un lecteur francophone du Québec pourrait la remarquer immédiatement, tout comme un lecteur anglophone remarquerait l’erreur concernant un « i » minuscule isolé (pour représenter le « je » en anglais, qui doit toujours utiliser la majuscule [« I »]).

Cette asymétrie a des répercussions commerciales pour les organisations bilingues. La version anglaise d’une page peut être préparée par un généraliste en marketing, ce qui n’est pas le cas de la version française. Traiter les deux versions comme des tâches de production équivalentes est justement ce qui fait que des campagnes pourtant efficaces finissent par donner une impression de « traduction littérale ».

Les espaces insécables et leur emplacement

Une espace insécable permet de maintenir deux éléments ensemble sur la même ligne. En HTML, l’entité de caractère correspondante est représentée par  . Dans la plupart des logiciels de traitement de texte, on peut insérer une espace insécable en maintenant les touches Ctrl + Maj enfoncées, puis en appuyant sur la barre d’espace.

Il est intéressant de noter qu’en typographie, le mot français « espace » est féminin, alors que dans tous les autres contextes, il est masculin. On écrit donc « une espace insécable » et non « un espace insécable ». Employer le bon genre dans le contexte approprié est un indicateur fiable de maîtrise de la langue.

Les lignes directrices de la typographie Web de l’Office québécois de la langue française précisent les cas où l’utilisation d’espaces insécables est obligatoire et où les omissions erronées sont les plus courantes :

  • Toujours avant le deux-points, suivi d’une espace sécable
  • Entre un nombre et son unité ou son symbole, comme dans 45 %, 20 $ et 12 kg
  • À l’intérieur des guillemets français, pour les garder collés au texte cité
  • Entre les chiffres d’une date, d’un numéro de téléphone ou d’un nombre à plusieurs chiffres
  • Après une abréviation qui doit être suivie immédiatement de ce qui vient après, comme « Dre Tremblay »

Les différences entre le Québec et la France

Les différences régionales en typographie prennent souvent au dépourvu les agences européennes et les traducteurs formés en Europe.

En France, on insère une espace fine avant le point-virgule, le point d’interrogation et le point d’exclamation. L’espacement avant et après les signes de ponctuation et les symboles de l’Office québécois de la langue française préconise de ne pas mettre d’espace avant ces trois signes, une pratique répandue dans l’usage et qui tend à devenir une convention.

La raison est d’ordre pratique : de nombreuses applications ne permettent pas d’insérer facilement une espace fine ou ne parviennent pas à l’afficher correctement. L’espace fine peut être utilisée lorsque le logiciel est capable de la gérer, mais l’absence d’espace constitue l’option par défaut la plus sûre pour le contenu traité dans un système de gestion de contenu (CMS).

Le deux-points est l’exception qui confirme la règle : dans toutes les régions, il est toujours précédé d’une espace insécable et suivi d’une espace sécable.

L’emploi des guillemets en français et en anglais

Rien ne trahit plus rapidement le mépris des règles typographiques françaises que l’utilisation de guillemets anglais dans un texte en français. En français, on utilise les guillemets français en forme de V renversé (« ABC »), et non les guillemets doubles ou simples utilisés en anglais.

La convention d’espacement est tout aussi importante que le choix des guillemets : Le guillemet ouvrant est suivi d’une espace, tandis que le guillemet fermant est précédé d’une espace; les deux espaces doivent être insécables afin que les guillemets ne se retrouvent jamais seuls sur une ligne.

Lorsqu’une citation est imbriquée dans une autre, on utilise des guillemets anglais doubles pour la citation de deuxième rang. C’est le seul contexte dans lequel ces caractères ont leur place dans un texte courant en français standard.

ÉlémentCorrect en français québécoisErreur courante
Guillemets« texte »“texte” ou "texte"
Deux-pointsPrécédé d’une espace insécable (exemple : texte)Précédé d’aucune espace ou d’une espace sécable
Avant ? ! ;Pas d’espace ou une espace fineUne espace sécable, une espace fine ou une espace insécable (selon l’usage du français européen)
Pourcentage45 % (avec une espace insécable)45%
Devise20 $ (avec une espace insécable)$20 ou 20$
ApostropheCourbe (p. ex. l’entreprise)Droite (p. ex. l'entreprise)
Majuscules accentuéesÉCONOMISEZ, À PROPOSECONOMISEZ, A PROPOS
AcronymesREER, ENAPREÉR, ÉNAP
AccentItalique ou gras pour les faits importantsSouligné (réservé aux liens)

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Les lettres majuscules accentuées

En français de France, les majuscules sont sans accent; au Québec, cette pratique est incorrecte.

La position de l’OQLF concernant les accents, les trémas et les cédilles aux lettres majuscules est la suivante : une majuscule porte l’accent aigu, grave ou circonflexe, ainsi que le tréma et la cédille, si la minuscule correspondante en comporte. Cette règle s’applique aux lettres en début de phrase, aux abréviations, aux phrases complètes et aux lettres situées à l’intérieur de mots écrits entièrement en majuscules.

Les acronymes et les sigles constituent une exception; c’est pourquoi REER (régime enregistré d’épargne-retraite) et ENAP (École nationale d’administration publique) doivent s’écrire sans accents, même si leurs formes complètes en comportent.

Deux endroits où cette règle est souvent transgressée devraient faire l’objet d’une vérification systématique pour chaque projet : les titres en majuscules, lorsqu’un graphiste a saisi le texte directement dans un fichier graphique, et les libellés de navigation ou les boutons, lorsqu’un champ du CMS a été rempli par une personne travaillant à partir d’une maquette fonctionnelle en anglais.

De plus, les accents ont également une dimension liée à l’accessibilité. Les lecteurs d’écran dépendent de caractères correctement saisis pour prononcer les mots comme il se doit, et une majuscule dépourvue d’accent peut modifier la façon dont un terme est lu à voix haute. Les moteurs de recherche indexent eux aussi différemment les formes accentuées et non accentuées, ce qui fait de l’orthographe correcte un petit facteur à prendre en compte pour le référencement naturel, en plus de son importance sur le plan linguistique.

La typographie française et sa survie lors de l’étape de la publication

Même si vous appliquez les règles typographiques françaises dans votre fichier Word, la typographie pourrait ne pas s’afficher correctement sur la page Web. C’est ainsi que surviennent la plupart des erreurs de publication, et c’est la raison pour laquelle une vérification finale dans l’environnement de publication est essentielle.

Les problèmes récurrents sont toujours les mêmes : des espaces insécables disparaissent lors de l’importation dans un CMS ou de l’exportation en HTML, des méta-titres et méta-descriptions sont tronqués de manière à laisser une ponctuation orpheline, des apostrophes typographiques sont remplacées par des apostrophes droites dans le champ d’un formulaire, des accents sont supprimés des textes intégrés aux images, des textes apparaissent entièrement en majuscules (ce que l’OQLF déconseille sur le Web pour éviter de ralentir la lecture) et du soulignement est utilisé pour mettre un élément en évidence alors qu’il devrait être réservé aux hyperliens.

Aucune de ces erreurs ne sera signalée par un correcteur orthographique, mais un visiteur qui consulte la page en ligne peut les remarquer. C’est la raison pour laquelle une étape de vérification Web est donc primordiale.

La même logique s’applique en amont. La typographie, tout comme le vocabulaire et la syntaxe, fait partie de ce qui distingue un contenu adapté au marché d’un contenu simplement traduit en français. Pour une vue d’ensemble, consultez ce survol de l’adaptation au marché québécois et cet article consacré aux erreurs de traduction de l’anglais vers le français dans les entreprises québécoises.

Intégrer les règles de typographie française lors de la vérification finale

La typographie représente l’un des indicateurs de qualité les moins coûteux pour les contenus en français, mais aussi l’un des plus faciles à négliger. Chaque règle mentionnée ici ne prend que quelques secondes à appliquer au moment de la rédaction, mais peut nécessiter des heures de travail pour être corrigée a posteriori sur un site déjà publié.

Consignez dans un court guide de style interne les règles de typographie française qui s’appliquent à vos contenus, transmettez-le aux personnes qui remplissent les champs du CMS et vérifiez la page telle qu’elle s’affiche réellement, plutôt que de vous fier uniquement au fichier source. Le lecteur ne remarquera jamais si votre espacement est correct, mais il le remarquera s’il ne l’est pas.

Vous avez du contenu en français qui nécessite une révision typographique et linguistique avant sa publication? N’hésitez pas à nous contacter pour discuter de la portée de votre projet.

FAQ

Selon les règles typographiques en français, les majuscules françaises doivent-elles porter des accents?

Oui. Les règles typographiques françaises à ce sujet sont sans ambiguïté : une lettre majuscule porte l’accent aigu, l’accent grave ou l’accent circonflexe, ainsi que le tréma et la cédille, chaque fois que la minuscule correspondante en comporte. Les abréviations suivent la même règle; ainsi, « Éd. » et « É.-U. » conservent tous deux leurs accents. Les acronymes et les sigles constituent la seule exception et ne sont pas accentués; c’est pourquoi « REER » et « ENAP » apparaissent sans accent.

Y a-t-il une espace avant le point d’interrogation en français québécois?

Habituellement, non. En France, on insère une espace fine avant le point d’interrogation, le point d’exclamation et le point-virgule, tandis qu’au Québec, la convention courante exige l’omission de cette espace (bien qu’elle soit permise lorsque les outils technologiques le permettent, ou si le texte est également diffusé dans un format imprimé). Le deux-points obéit à une règle différente : il est toujours précédé d’une espace insécable. Les logiciels de traitement de texte qui insèrent automatiquement des espaces fines devraient offrir l’option de désactiver cette fonction; autrement, ils appliquent par défaut les règles d’espacement européennes.

Quelle est la différence entre les guillemets français et les guillemets anglais?

Les guillemets français, en forme de V renversé (« ABC »), sont utilisés pour les citations en français, tandis qu’en anglais, on utilise des guillemets anglais. Le guillemet ouvrant est suivi d’une espace et le guillemet fermant est précédé d’une espace; ces deux espaces doivent être insécables. Les guillemets anglais doubles peuvent être utilisés en français dans une citation de deuxième rang, c’est-à-dire lorsque des guillemets français sont déjà utilisés pour la citation, mais que celle-ci fait référence à une autre source citée au sein même de cette citation principale.