Depuis une quinzaine d’années, l’écriture inclusive occupe une place grandissante dans les communications écrites, qu’il s’agisse de contenu institutionnel, marketing ou Web. Comme la parole crée le monde (et les écrits aussi), elle représente pour plusieurs organisations une façon de refléter des valeurs d’inclusion, de diversité et d’équité. En traduction et en révision linguistique, toutefois, l’écriture inclusive soulève des défis bien particuliers, mais intéressants.

Comment produire des textes inclusifs sans nuire à la lisibilité, au ton ou à l’efficacité du message? Et surtout, comment adapter l’écriture inclusive d’une langue à l’autre sans tomber dans le calque ou la surcharge typographique?

Qu’est-ce que l’écriture inclusive?

L’écriture inclusive regroupe un ensemble de pratiques linguistiques visant à représenter équitablement les genres et à déconstruire les stéréotypes, sans privilégier systématiquement le masculin comme forme générique, afin d’éviter toute forme de discrimination. En français, elle se manifeste à travers diverses modalités et s’inscrit dans une réflexion plus large sur le langage inclusif.

Parmi les procédés courants, on retrouve notamment :

  • l’utilisation de termes épicènes (journaliste, artiste, spécialiste);
  • la reformulation neutre (personnel, personne candidate);
  • l’alternance des genres;
  • les doublets complets (les travailleuses et les travailleurs);
  • les doublets abrégés (travailleur.euse.s, Québécois.es).

Il ne s’agit donc pas d’une méthode unique, mais plutôt d’un choix rédactionnel contextuel, influencé par le public cible, le type de contenu et les objectifs de communication.

Pourquoi l’écriture inclusive pose des défis en traduction

En traduction, l’écriture inclusive ne peut pas être traitée comme un simple ajout stylistique. Elle touche directement à la structure de la langue, aux conventions culturelles et aux attentes des lectorats.

D’abord, les langues ne fonctionnent pas toutes de la même manière sur le plan du genre grammatical. Une solution inclusive efficace en anglais, par exemple, ne se transpose pas automatiquement en français. Ensuite, les normes et la réception de l’écriture inclusive varient d’un public à l’autre, notamment selon le contexte géographique et institutionnel.

Enfin, le Web impose ses propres contraintes : concision, lisibilité, référencement naturel, accessibilité, etc. Une écriture inclusive mal adaptée peut nuire à l’expérience utilisateur et à l’effet du message.

Machine à écrire avec une feuille où on peut lire « Inclusivity »

Traduction inclusive : adapter sans alourdir le texte

La traduction inclusive exige une approche réfléchie, créative et stratégique. L’objectif n’est pas de reproduire mécaniquement une structure inclusive, mais bien de rendre le message dans un français naturel et fluide, tout en respectant l’intention inclusive du texte source.

Les principales stratégies en traduction inclusive

Selon le contexte, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

  • Privilégier des formulations neutres ou épicènes;
  • Reformuler les phrases pour éviter les marques de genre;
  • Utiliser des doublets lorsque la clarté le permet;
  • Adapter le niveau d’inclusivité selon le support (Web, rapport, campagne de marketing, etc.).

Ces choix doivent toujours être faits en fonction du public cible et du ton de la marque.

Voici les stratégies recommandées selon le type de document :

Types de texte/contexte Stratégies recommandées Exemples
Administratif, académique, juridique Termes épicènes, reformulation neutre, féminisation des titres, le cas échéant « La direction », « le corps professoral », « la personne », « la ministre »
Communication institutionnelle Doublets complets, reformulation active « Les employés et les employées », « nous vous invitons » plutôt que « vous êtes invités »
Courriels, notes internes, contenus informatifs Doublets abrégés (points ou points médians), rédaction épicène « Les Québécois·es », « les travailleur.euse.s », « les membres »
Sites Web et contenus promotionnels Rédaction épicène, reformulation neutre « La clientèle », « l’équipe »
Rapports et documents officiels Reformulation (phrases impersonnelles, voix active), noms collectifs « Il est possible de », « la présidence » plutôt que « le président »
Création de contenu, blogues, réseaux sociaux Pronoms et accords inclusifs, doublets abrégés « Iel », « iels », « celleux », « les abonné.e.s »

Ce qu’il faut éviter en traduction inclusive

Certaines pratiques peuvent nuire à la qualité du texte :

  • Les calques directs de l’anglais (traduire systématiquement « they » par « ils », par exemple);
  • L’abus du point médian;
  • L’incohérence dans les stratégies employées;
  • La surcharge visuelle qui nuit à la lecture.

Il est possible d’employer différentes stratégies dans un même document, mais il faut quand même viser une certaine uniformité et faire preuve de logique. Une écriture inclusive efficace reste avant tout lisible et cohérente.

Écriture inclusive et révision linguistique

La révision linguistique joue un rôle clé dans les textes inclusifs, puisqu’elle permet d’assurer un équilibre entre inclusivité, lisibilité et cohérence. La révision professionnelle ne se limite pas à corriger les fautes grammaticales ou syntaxiques : elle consiste à analyser l’ensemble du texte afin de vérifier la pertinence et l’uniformité des choix en matière d’écriture inclusive.

Dans un document inclusif, l’un des principaux enjeux réside dans la cohérence des stratégies employées. La personne qui révise s’assure, par exemple, que les doublets, les formulations neutres ou les reformulations épicènes sont utilisés de manière constante et réfléchie, sans créer de ruptures ou de lourdeurs inutiles pour le lectorat.

La révision permet également de vérifier que l’écriture inclusive respecte les guides internes, politiques linguistiques ou lignes directrices de l’organisation. Lorsque ces balises ne sont pas clairement définies, la personne responsable de la révision peut proposer des solutions adaptées au contexte et au public cible, tout en tenant compte des contraintes propres au médium utilisé.

Enfin, en contexte Web et marketing, la révision linguistique contribue à préserver la clarté du message, l’accessibilité et l’efficacité communicationnelle. Elle permet d’éviter les formulations trop complexes, les calques ou les excès typographiques, et d’offrir un texte inclusif qui demeure naturel, professionnel et facile à lire.

Trois collègues, dont une personne en fauteuil roulant, autour d’une table en train de discuter

Écriture inclusive : une question de contexte et de public

Il n’existe pas de solution universelle en matière d’écriture inclusive. Les choix linguistiques doivent toujours être guidés par le contexte de diffusion, le public cible et les objectifs de communication. Un texte destiné à un organisme public, par exemple, n’obéira pas aux mêmes conventions qu’un contenu marketing, un billet de blogue ou un site Web transactionnel.

Dans les communications institutionnelles, l’écriture inclusive est souvent encadrée par des politiques internes ou des lignes directrices précises. La priorité est alors donnée à la cohérence, à la clarté et au respect des normes établies. À l’inverse, en marketing et en communication de marque, le ton, la concision et la portée du message occupent une place centrale. Une approche trop rigide peut nuire à la fluidité du texte et à l’adhésion du lectorat.

En communication numérique, d’autres facteurs entrent également en jeu. Le référencement naturel, la lecture à l’écran, l’accessibilité et la rapidité de compréhension influencent directement les choix en matière d’écriture inclusive. Les formulations neutres et les reformulations épicènes sont souvent privilégiées, car elles permettent de préserver la lisibilité tout en répondant aux objectifs d’inclusivité.

C’est pourquoi une adaptation culturelle et linguistique est généralement préférable à une application uniforme des règles. L’enjeu n’est pas de tout inclure à tout prix, mais de choisir les stratégies les plus appropriées pour transmettre un message clair, efficace et respectueux, en fonction du public et du canal de communication.

Conclusion

L’écriture inclusive en traduction repose sur un équilibre délicat entre intention, lisibilité et contexte. Elle exige une excellente connaissance de la langue, mais aussi une compréhension fine des enjeux culturels et communicationnels.

Faire appel à des professionnels permet d’assurer des choix éclairés, cohérents et adaptés à chaque projet. Car au-delà des règles, l’objectif demeure toujours le même : produire des textes clairs, efficaces et respectueux, et surtout, qui ne mettent personne de côté.

FAQ

Qu’est-ce que l’écriture inclusive en français?

L’écriture inclusive en français regroupe des pratiques linguistiques visant à représenter équitablement les genres dans un texte. Elle inclut notamment l’utilisation de termes épicènes, de reformulations neutres, de doublets ou d’alternance, selon le contexte et le public cible.

L’écriture inclusive est-elle obligatoire en traduction?

Non. L’écriture inclusive n’est pas obligatoire. En traduction, elle dépend toujours du mandat, du public visé, du contexte de diffusion et des préférences de l’organisation. Une agence de traduction professionnelle peut conseiller la meilleure approche selon chaque projet.

Quelle est la différence entre écriture inclusive et langage inclusif?

Le langage inclusif est un concept plus large qui englobe l’écriture inclusive, mais aussi le choix des mots, le ton et les représentations véhiculées. L’écriture inclusive concerne plus précisément les formes écrites et les stratégies linguistiques liées au genre.

L’écriture inclusive nuit-elle à la lisibilité des textes?

Elle peut nuire à la lisibilité si elle est mal appliquée ou utilisée de manière excessive. En traduction et en révision, l’objectif est de trouver un équilibre entre inclusivité, clarté et fluidité, surtout en contexte Web et marketing.

Peut-on utiliser l’écriture inclusive dans un texte marketing?

Oui, mais avec prudence. En marketing, l’écriture inclusive doit être adaptée au ton de la marque et au public cible. Une reformulation épicène naturelle est souvent préférable à des solutions typographiques plus lourdes.